les suites du projet

Nous faisons une soirée Inde afin de vous faire partager un peu de nos impressions avec photos à l'appui; rassurez-vous, nous ne vous abreuverons pas non plus!!!!Alors, pour ceux qui nous ont suivis et les autres, ça se passera le jeudi 27 mars à 18h au centre social. Apportez un petit quelque chose à grignoter.

La Fondation de France qui a financé notre projet nous a retenus parmi les 614 projets qu'ils ont financés pour concourir au prix des meilleurs projets . ils en ont retenu 20. Nous avons donc répondu à l'appel et attendons les résultats qui seront donnés en Avril.
Nous espérons aussi d'ici le mois de Juin vous présenter le film réalisé par Jérome et Nicolas sur notre expérience.

Le journal les antennes ( journal citoyen que je vous invite à lire) va également écrire un article sur le théâtre-forum et notre expérience; Voilà les dernières nouvelles:
betty

# Posté le mercredi 19 mars 2008 13:39

Modifié le samedi 22 mars 2008 16:01

Impression de Marie-Thérèse, supporter assidue!!!

L'Inde, la démarche participative, le théâtre forum, le stage
Quel enrichissement que l'amalgame de ces mots !
Je suis arrivée au Centre Social un peu comme une intruse. Le projet était mené presque à son terme, presque achevé; il restait à aider à trouver un complément au financement et la préparation du voyage, puis la phase finale, le départ, mais je n'avais pas travaillé à son ébauche qui s'étalait sur deux ans.
Dans ce centre il se passait quelque chose et comment ne pas intégrer cette démarche ou notre participation en tant qu'habitante était sollicitée et existait vraiment, ce qui me convenait parfaitement ?
J'ai fait la connaissance de l'instigatrice de ce projet et de son équipe: très vite j'ai remarqué l'implication de chacun, professionnels et habitants, j'ai apprécié les qualités des uns et des autres, qualités indispensables à ce genre d'aventure.
Ce départ en Inde était là, nous l'avons vécu et partagé grâce à cette idée merveilleuse du blog créé par Charlotte à cette occasion. Un grand merci à Charlotte.

Jana Sanskriti, Sanjoy, avion, théâtre forum, pièce, blog...
A nouveau ces mots dansaient et formaient un tout, et ce fut l'enchantement du voyage.
Nous avons partagé leur arrivée avec l'accueil chaleureux de leurs hôtes, leur découverte de l'Inde, de l'autre, d'une culture différente, nous avons connu et partagé leur espoir, leur immense travail, la préparation de leur pièce, les répétitions, leur fatigue aussi, la vie du groupe parfois un peu difficile, leur crainte de ne pas faire bien.
Nous avons connu les longues distances pour leurs présentations devant différents publics, avec 400 personnes et même parfois avec plus de mille personnes.
Nous avons partagé leur enthousiasme et leur joie d'avoir réussi, malgré le barrage de la langue qui n'en était plus un.
Cette amitié, cette relation particulière et importante, qui se tramait avec les habitants des villages indiens, au fil des rencontres.
L'intérêt des villageois pour ce théâtre vérité, par les thèmes abordés, qui implique la vie de chaque jour et l'investissement de chaque être qui veut vivre dignement.
Nous avons partagé leurs ressentis, leurs émotions, leurs fous rires et le devenir de cette expérience.
Nous avons découvert le centre du Jana Sanskriti, leur connaissance de la scène, leur aisance à transcrire leur pensée par les gestes et la danse, l'intelligence et l'humilité de Sanjoy.
Ce centre ou le théâtre, dans son expression, prend tout son sens et le stage avec la troupe du Jana Sanskriti, avec l'enrichissement apporté aux habitants "acteurs" de Grenoble.
Puis ce fut le retour, mais grâce au blog nous avons puisé, nous aussi, cette richesse et nous attendons de partager avec eux, au regard des photos et des rencontres, nos impressions.
Un grand bravo à toute l'équipe, d'abord aux participants, puis aux fidèles qui ont oeuvré pendant ces deux années de préparation.
Vous êtes géniaux et formidables et merci d'avoir partagé avec nous tout ce vécu pendant 15 jours.
Superbe aventure où l'on ressort plus fort, plus déterminé à apporter sa pierre à l'édifice humain pour construire un monde ou l'Homme aura toute sa place et passera avant le profit."
Marie Thérèse Bernard-Colombat, habitante impliquée dans la préparation du projet.

# Posté le mercredi 12 mars 2008 06:49

Premiers retours des habitants et professionnels du voyage Inde

QUELQUES TEMOIGNAGES CROISES
(habitants et professionnels ayant participé au voyage)

Témoignage 1
Je retiendrai 4 points forts de ce séjour en Inde et du travail sur le Théâtre de l'opprimé, avec le Jana Sanskriti.
1- le stage lui-même
J'ai été passionnée par ce travail: les jeux de concentration, de relation, l'approche des situations d'oppression. Ce fut une chance de pouvoir le vivre avec les Indiens eux-mêmes, de voir leur façon différente de la nôtre dans l"être ensemble".
Je pense que nous avons aussi reçu un réel apport en terme de technique du théâtre forum, essentiellement parce que nous l'avons expérimenté avec notre corps, nos émotions, dans notre lien aux autres, plus que par un travail mental et intellectuel.

2- ma place de travailleur social
J'ai expérimenté avec les habitants, une place différente de celle de mon travail au quotidien avec eux. La démarche participative que nous menons avec les habitants sur le quartier depuis plusieurs années a déjà changé nos relations, mais au cours de ce séjour, ce fut encore différent.
En effet, j'ai vécu à la fois une grande proximité avec les habitants présents, à travers le partage de la vie quotidienne (faire sa lessive, manger, dormir ensemble etc. ) et dans le travail proposé : les exercices et les jeux mobilisant le corps, les échanges sur des situations personnelles vécues pour analyser et mettre en exergue les rapports d'oppression. Et à la fois, je me suis positionnée avec une certaine distance, dans un souci d'attention, d'écoute et d'accompagnement. Cette place différente n'est pas toujours simple.

3- du "je" au "nous"
J'ai pu expérimenter ce que dit Sanjoy G. sur l'articulation du "Je" et du "Nous". En effet, l'exigence du travail demandait à la fois une concentration sur soi, son ressenti, ses difficultés, ses limites, son expression personnelle et à la fois, un regard vers l'autre, sa parole, son expression, une concentration et un lien constant au groupe.
Dans cette combinaison du "je et du "nous", s'est construite notre pièce, que nous avons jouée trois fois et notre vie ensemble durant deux semaines.

4- poursuite du travail sur le quartier
Grâce aux liens maintenus par le blog, j'ai ressenti que les habitants et collègues restés sur le quartier faisaient eux aussi, en parallèle, un travail dans le même sens, comme si eux et nous avions fait ensemble ce voyage. Ceci me laisse augurer du travail futur que nous allons poursuivre ensemble, embarquant d'autres nouveaux, qui déjà nous questionnent sur cette démarche originale et dont ils ressentent la richesse. Car de nouveaux liens plus forts, plus vrais se sont tissés entre ceux qui sont partis et entre eux et ceux qui ont aidé au départ, tous mobilisés pour ce projet.
Agnès, assistante sociale (Conseil Général de l'Isère) Participante du voyage en Inde

**************************
Témoignage 2
Dans le cadre de la démarche participative, que des habitants de Teisseire, des habitants de Malherbe et des professionnels puissent se retrouver autour d'une même table et travailler au sein d'un même collectif, est déjà un événement.
Mais partir 12 jours ensemble en Inde, partager le même dortoir, se retrouver au même lavabo pour se brosser les dents et faire sa lessive, vivre ensemble le choc de la misère qui vous saisit dès la sortie de l'aéroport de Calcutta, le dépaysement et le déroutement au sein d'une culture dont les coutumes et les codes sont tellement différents, voilà qui est bien autre chose !

Le choc vécu face à la grande pauvreté de tant de gens à Calcutta a permis à chacun de mesurer combien le quartier Teisseire est une entité riche dans le monde de la précarité et de la pauvreté !!...
A Grenoble, habitants de Teisseire et habitants de Malherbe, nous sommes identifiés comme étant de deux mondes différents et classés comme tels de part et d'autre. En Inde, nous étions tous des “étrangers” et des “riches” !!...
Sortir de son quartier, être tous et ensemble étrangers dans un autre pays, une autre culture permet de sentir que ce qui nous est commun est plus important que nos différences ! Nous sommes de la même race humaine !

Nous étions déjà très motivés par le théâtre forum en tant que moyen d'expression, moyen de conscientisation et engagement à lutter contre les diverses formes d'oppression vécues dans notre quartier et plus largement en France.
Avec le Jana Sanskriti, nous avons fait l'expérience que l'expression corporelle, le langage symbolique et l'esthétique sont une parole souvent beaucoup plus forte que les mots et un langage compréhensible par tous, y compris par ceux qui ne parlent pas notre langue. Ce en quoi, pour un quartier comme le nôtre, le théâtre forum se révèle un moyen des plus adaptés !
Christiane, habitante du quartier Participante du voyage en Inde

***************************************
Témoignage 3
Ce séjour a été un voyage au sens plein du terme.
Voyage dans l'intensité.
Intensité des relations, celles nouées entre nous, semblables parce que venant du même territoire, lancés ensemble dans la même aventure et la même démarche ; entre nous, différents par nos origines, nos âges, nos parcours, nos statuts – habitants, professionnels- au cours de ce voyage qui nous a mis dans une proximité éprouvée comme jamais par les moments de vie quotidienne et de travail partagés.
Intensité des relations nouées entre notre groupe et la troupe du Jana Sanskriti, semblables par l'objet poursuivi, le recours au Théâtre Forum –théâtre de l'opprimé- pour que ceux qui n'ont pas la parole la prennent et prennent la mesure de leur capacité à agir. Relation nouée au-delà de nos langues, de nos cultures différentes, sur la base de notre engagement ensemble dans le travail au cours du stage,durant ces quinze jours partagés mais aussi sur scène lors de nos représentations dans les villages et à Kolkata. Différents pourtant par la place que tient pour eux le Théâtre Forum, leur engagement total, l'échelle de leur action.

Voyage de découvertes.
Découverte de chacun par les autres mais aussi, certainement de chacun par lui-même, mis en situation de se «re-trouver », de se dépasser à la croisée de son travail dans le collectif et de sa rencontre avec un environnement si différent. Découverte, grâce à Sanjoy Ganguly et aux membres du Jana Sanskriti de la force des images, des chants, de la symbolique dans la pratique du Théâtre Forum, venant renforcer sa pertinence à toucher, à conscientiser, à mobiliser. Découverte de l'ampleur des valeurs et de la philosophie qui sous-tend cette pratique, et de la qualité du travail du Jana Sanskriti.

Voyage de la multiplication.
Multiplication des émotions face à la situation des personnes les plus pauvres en Inde, face à l'intensité de leurs interventions lors des forums, face à l'attention portée à chacun de manière discrète par chacun des membres du Jana Sanskriti, face à leur volonté de nous offrir les richesses de leur pays, de leur culture –contexte social et politique, musique, cuisine, chants, danses, territoires urbains et ruraux-, émotions immenses dans les exercices et jeux proposés et lors de nos représentations communes.
Multiplication de nos prises de conscience, de notre détermination à partager et à mettre en ½uvre, dès notre retour, notre compréhension nouvelle, notre engagement renouvelé, décuplé.
Multiplication d'½uvrer encore, ensemble, d'un Ensemble porté par le cheminement de chacun vers la connexion entre notre tête et notre c½ur, seule voie ouverte pour prendre conscience que nous sommes autant oppresseur qu'opprimé et pour se situer dans une réelle dynamique de changement personnel et collectif.
Il me semble que nous revenons de ce Voyage, de ces Voyages, déterminés ensemble à donner un écho nouveau à cette avancée du JE vers le NOUS.
Véronique, responsable de développement social (CCAS de Grenoble)
Participante du voyage en Inde
*************************************

Témoignage 4

Stage de théâtre forum à Badu, Inde
Je connaissais une joie certaine de découvrir ce pays lointain, mêlée d'une légère appréhension qui fut bien vite dissipée dès le premier contact avec nos amis indiens du groupe de Jana Sanskriti

Lundi 18 : nous commençons le stage par une ronde et des jeux et le regard de nos amis m'ont mis rapidement en confiance.
De nombreux jeux, les yeux fermés me plongent dans une réflexion profonde.
La journée a été longue, fatiguante mais très enrichissante.
J'apprends beaucoup sur leur façon de s'exprimer par le théâtre.

Mardi 19 : Journée de jeux par petits groupes : jeu de séduction - l'un séduit, l'autre agresse - ensuite nous devons ériger une statue, - l'un sculpte et l'autre joue le rôle de la statue -.
Une soirée de flûte indienne et de tablas nous est offerte pour clore cette longue journée harassante, se terminant vers 23 heures.
.
Mercredi 20 : causerie de Sanjoy sur le théâtre, beaucoup de thèmes à retenir.
La semaine se poursuit avec ce même rythme : préparation des pièces que nous allons jouer dans deux villages et à Calcutta.

Ce stage a été pour moi l'occasion de découvrir une méthode de travail nouvelle qui allie le geste et la parole produisant ainsi une scène ouverte à l'autre.
Tout a été tellement riche qu'il faudrait des pages pour l'exprimer.
Je conclue en disant qu'il faudrait transmettre cette découverte aux habitants des quartiers.
Pierre, habitant du quartier, Participant du voyage en Inde

*******************************

Témoignage 5
"Le 16 Février 2008, on a fait tourner la boussole vers l'est, direction l'Inde.
Arrivée à Calcutta à 2 h 20 du matin. Je me suis sentie perdue, les regrets commençaient à envahir mon cerveau.
Deux jours après notre arrivée, j'ai commencé à prendre goût à notre voyage en me disant : "pourquoi les autres qui nous ont précédé ont réussi ?". Je me suis dit : "nous aussi, on réussira!"
En fait, ce que j'éprouvais n'était pas du regret d'être là mais de la peur...
C'est un voyage historique qui m'a beaucoup appris à vivre avec les autres, qui m'a donné l'occasion aussi de me mettre en question moi-même.
Concernant le Théâtre Forum, ce n'est pas seulement une forme de théâtre mais aussi un travail psychologique, pour soi-même et pour les autres.
En travaillant avec les Indiens, j'ai découvert beaucoup de points forts que je possède, et bien sûr des points faibles aussi...
J'ai renforcé ma foi, mon envie de chercher pour moi mais aussi pour les autres.
Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent :"chacun pour soi et Dieu pour tous, j'ai raison."
J'ai toujours prié pour moi et les autres, en me disant : " j'espère que le bon Dieu accepte mes v½ux en aidant ceux qui souffrent de misère et de la haine des autres, à s'en sortir et en renforçant ceux qui sont dans la bienveillance".
Finalement, le Théâtre Forum, c'est un outil que j'utiliserai toujours comme thérapie."
Fatima, habitante du quartier Teisseire, participante du voyage en Inde

*****************************************

Témoignage 6
S'UNIR POUR AGIR.
S'unir pour agir, autour d'un projet commun (habitants – professionnels), de notre désir de renforcer notre connaissance d'un outil déjà utilisé : le théâtre forum en allant ensemble en Inde, avec la découverte d'un pays et la préparation d'un grand voyage que cela implique.
Nous nous préparons à l'"Aventure Inde" en nous informant sur le pays, la culture, les traditions mais également en prenant des cours d'anglais.
Avant le départ, plusieurs personnes se mobilisent autour du projet, y compris certaines qui ne participeront pas au voyage. Notre groupe est marqué par sa diversité; diversité culturelle, sociale mais aussi en terme d'âges.

Après 11 heures d'avion, notre arrivée dans un pays culturellement tellement différent de ce que nous connaissons, notre découverte de la misère, de la pauvreté. Mais aussi, et c'est là le paradoxe, nos relations humaines si riches avec les Indiens, l'accueil privilégié au centre du Jana Sanskriti.
Le stage de Théâtre Forum et ses journées intenses, marqué par la découverte d'une méthode de travail différente qui m'a beaucoup plu.
Tout le monde se retrouve à égalité face à la découverte d'une "autre planète", dans une aventure hors du commun.
Dépassée la barrière de la langue : tout est dans la gestuelle.
La concrétisation de notre travail : monter la pièce et la jouer dans les villages devant plus de 1000 personnes, dans un échange intense avec les villageois.

Au final, une bonne cohésion du groupe et la découverte de chacun –habitants; professionnels – au fil de cette vie commune partagée : lessive, repas, travail ensemble. Ensemble, faire face à une autre façon de vivre.

Je suis heureux d'avoir vécu cette aventure, elle m'a appris à mieux me connaître, à me surpasser.
J'ai découvert en moi des choses que je ne me soupçonnais pas capable de faire.

S'UNIR POUR AGIR :
s'associer dans un projet pour construire, se découvrir, se surpasser, se soutenir, apprendre, s'apprécier.
Azdine, habitant du quartier Teisseire participant du voyage en Inde

************************
Témoignage 7
« Complètement à l'ouest », il fallait l'être pour ne serait-ce qu'imaginer un tel projet.
Oui, fous nous l'étions de l'avoir rêvé, de l'avoir construit et de l'avoir enfin concrétisé ce voyage « complètement à l'est ».
Certes, il est tôt pour faire un bilan, mais les premières impressions sont là...très fortes, encore imprégnées des senteurs, des sons et des couleurs de l'Inde, ce pays où l'enfer côtoie le paradis...
Ce voyage est pour moi une confirmation :

-Le théâtre-forum est un formidable « outil » de prise de conscience, de parole et de changement.(plus qu'un outil, une philosophie)
Nous qui l'utilisons de façon ponctuelle, devons aujourd'hui tout mettre en ½uvre pour créer un atelier permanent sur le quartier.
Je suis à la fois assistante sociale et joker de théâtre-forum. S'il n'est bien évidemment pour nous pas question de faire du Théâtre-forum « à l'indienne », pour autant je reviens, avec dans mes bagages, de nouvelles techniques, de nouveaux jeux d'acteurs, une analyse qui viennent enrichir ma pratique.

-« construire ensemble » est la clé de la vrai rencontre et du changement.
La rencontre avec le Jana Sanscriti m'a beaucoup fait penser au travail mené sur le quartier.
En effet, dans le cadre de la démarche participative, nous nous sommes réunis, habitants et travailleurs sociaux autour d' objets communs de travail (l'école, les aides financières, la réhabilitation du quartier...) et nous avons ensemble réfléchi, analysé, partagé des idées et fait des propositions de changement.
Le « travail ensemble » a permis non seulement une amélioration de la connaissance et de la relation entre nous, mais aussi une évolution de nos statuts respectifs : travailleurs sociaux / pourvoyeurs de service, habitants / objets du travail social, vers une place d'acteurs de changement.
En Inde, nous avons monté des scènes de théâtre avec la troupe du Jana Sanscriti, notre rencontre ne s'est pas limitée à des discussions. Nous avons travaillé ensemble, nous avons pu ainsi, en seulement deux semaines, malgré la différence de culture et de langue, avoir un vrai échange autour des valeurs qui fondent le théâtre de l'opprimé.
Nous nous sommes sentis solidaires Indiens-Français, comme nous le sommes habitants-travailleurs sociaux. L'injustice n'est pas l'apanage des pays pauvres, même si elle se manifeste de façon plus violente en Inde, elle n'a pas de frontières...

Je reviens d'Inde, renforcée dans mes convictions que les travailleurs sociaux ont un devoir de résistance et doivent sortir des sentiers battus de l'aide sociale pour emprunter les chemins de traverse de la lutte contre l'inégalité et l'injustice.
Monique, Assistante Sociale et Joker de Théâtre-Forum, Participante du voyage en Inde

# Posté le mercredi 12 mars 2008 06:47

Au sujet du théâtre-forum

Une semaine après notre retour, qu'est-ce qui refait surface parmi tout ce qui a impressionné ma pelllicule intérieure durant ce séjour en Inde ?

Je demeure très touchée par la manière dont Sanjay nous a fait travailler pendant le stage.
Aucun discours de sa part, aucune explication théorique. Très peu de paroles donc, mais de nombreux jeux pour nous permettre de vivre et d'appréhender à travers les émotions, le ressenti corporel, ce qu'il désirait nous transmettre tant de la philosophie du Jana Sanskriti que des techniques d'expression théâtrale qu'il a développées.
Au travers de ces jeux, ce fut d'abord la découverte des peurs, des blocages, des sentiments profonds qui nous habitaient, de notre difficulté à laisser parler notre corps, du conflit intérieur que nous vivions chacun, car nous nous découvrions tour à tour l'opprimé et l'oppresseur.
Ce fut aussi la découverte de nos ressources d'expression et de créativité ... même si nous avons encore beaucoup à les développer !
Après deux journées et demie de jeux, Sanjay nous a demandé de dire chacun un mot exprimant ce que représente pour nous le théâtre-forum.Les mots qui revinrent le plus souvent furent "libération", "connaissance" et "découverte".
C'est seulement à partir de ce moment-là que Sanjay a parlé lui-même. Je vous livre ce que j'en ai retenu et si j'ai déformé sa pensée , je compte sur l'un ou l'autre de mes coéquipiers dans cette aventure, pour apporter les corrections et compléments nécessaires.

Généralement, nous connaissons beaucoup de choses sur ce qui nous entoure mais peu de choses sur nous-même. Or, nous ne pouvons nous libérer, tant que nous ne nous connaissons pas.
Il faut connaître son pouvoir, ses potentialités,ses talents. Souvent, un sentiment d'infériorité nous domine car nous ne connaissons pas nos ressources. Le théâtre nous aide à les découvrir.
Généralement, au théâtre, il y a des acteurs et des spectateurs. Quand on se regarde soi-même, on est à la fois acteur et spectateur. Nous sommes donc le théâtre.
Dans le théâtre de l'opprimé, on travaille sur soi, sur sa réalité. On est le spectateur de sa réalité et c'est par là que va pouvoir commencer à s'effectuer la libération.
Quand on devient le spectateur de soi-même, on découvre l'oppresseur qui est en soi. C'est alors à l'intérieur de nous-même que se révèlent les deux facettes de l'être humain : "l'oppresseur "et "l'être plein d'humanité".
Le conflit est donc à l'intérieur de chacun de nous et c'est à partir de cette prise de conscience que nous pouvons travailler à plus d'humanisation.
C'est aussi cette prise de conscience qui va nous pousser à une action collective.
En Occident, la consommation, le fait de pouvoir obtenir tout ce que nous désirons, nous donne le sentiment d'être libéré. Mais si je ne fais que consommer, je deviens dépendant.
En consommant, je ne pense qu'à moi, je suis déconnecté des autres. Je ne suis pas "nous", je suis restreint à moi-même.Quand je transforme le "je" en "nous" , je romps la chaîne invisible qui me ligote et c'est alors que je deviens libre.
Le théâtre de l'opprimé construit la relation. Si "acteurs", nous regardons les "spectateurs" en pensant "ils sont moi", nous sommes dans une attitude d'ouverture aux autres, sûrs que tout comme nous, ils ont du talent, des ressources... Alors, la relation s'établira entre eux et nous et c'est certain !... ils monteront sur scène au moment où ils seront appelés à remplacer l'un ou l'autre des personnages de la pièce.
Attention ! Ma "tête", mon "mental" peut vouloir cette relation avec les spectateurs mais inconsciemment, je peux demeurer un acteur "expert", supérieur et créer une hiérarchie invisible entre eux et moi. Eux, par contre, vont sentir aussitôt si je suis "nous" en vérité !!..
C'est vraiment au niveau du coeur que je dois être "nous". La seule vraie libération, c'est cette transformation intérieure du "moi" en "nous". Pour parvenir à cette libération, il faut tenir ensemble la démarche intellectuelle et la démarche spirituelle.
Pour construire la relation, il faut être un artiste c'est-à-dire associer ensemble "tête" et "coeur".
Un artiste a un grand coeur car il est connecté à tous.
De plus, il doit avoir un coeur télescopique pour voir loin... pour voir au-delà de ce qui se passe chez lui, au-delà de ce qui apparaît de prime abord, au-delà de ce qui est demandé dans l'immédiat.
Par exemple, si l'on veut lutter contre l'oppression que vivent les pauvres, victimes de l'économie libérale, il ne faut pas lutter pour obtenir un meilleur pouvoir d'achat mais lutter pour un développement de l'humain et non de l'économie.
Souvent, on ne vit pas l'oppression que l'on subit parce qu'on vit isolé du reste du monde.
Quand on travaille ensemble dans une action collective, on est amené à une action introspective, à un travail sur soi. Toute action collective doit nous conduire à regarder en nous-même. La révolution intérieure va de pair avec la révolution extérieure et elle n'est jamais terminée.
La révolution intérieure est aussi une révolution de la réalité extérieure. L'humanisation, ce n'est pas une révolution théorique, extérieure à nous.C'est d'abord une révolution intérieure.
Quand on vit un tel voyage, on expérimente l'esthétique de la vie. Le conflit intérieur vécu entre "oppresseur" et "être humain" provoque l'humanisation . Et c'est cela l'expérience esthétique.
Dans le théâtre de l'opprimé, il y a deux esthétiques : celle de la pièce et celle de la relation.
Je grandis en humanité parce que je suis en relation. Si je ne suis pas en relation, je ne peux rien apprendre.
Du particulier au général, c'est toujours un voyage et dans ce voyage, notre intelligence croît.

Concernant ce séjour en Inde, bien d'autres choses commencent à se décanter mais vue la longueur de cet article, ce sera pour plus tard.

Christiane






# Posté le dimanche 09 mars 2008 14:22

un matin entre grenoble et Badu

un matin entre grenoble et Badu
Réveillée ce matin à 5h , le décalage horaire influençant encore mes biorythmes nocturnes ! Première pensée ! Quelle heure est-il là-bàs, 9h30, ils prennent leur petit déjeuner ; alors, je me lève et fais moi aussi chauffer mon thé, histoire de partager encore dans mon imaginaire un bout de vie avec eux. Les pensées vaguent jusqu'à mon âme, difficile de rentrer complètement, je raconte aux proches, les matins, les enfants, les rires, le dur apprentissage des danses indiennes, les questionnements que soulèvent ces 15 jours de travail avec le Jana Sanskriti, nos yeux mouillés de se quitter, les regards parfois moqueurs des indiens de nous voir bouger , la complicité dans le jeu de théâtre-forum au-delà des mots, leur soutien d'un geste, d'un hochement de tête appuyé quand le trac commençait à poindre aux représentations dans les villages. Et puis aussi, nos moments entre nous, french people, nos adaptations respectives, les découvertes plus profondes des uns et des autres, nos maladresses parfois, nos fatigues qui laissent partir les défenses et nous font lâcher prise, nos émerveillements et nos bousculements partagés, chacun à un endroit différent, nos tentatives pour être soi et être ensemble, .....Voilà, envie de digérer mais pas trop vite non plus. Alors, envie de vous raconter, bientôt, en buvant un thé, Merci de ce blog que vous avez alimenté avec tellemnt de chaleur Betty

# Posté le dimanche 02 mars 2008 02:26

Modifié le mardi 04 mars 2008 12:00